Le monde d’après, maintenant…

Contribution – G.Boche

Il y a urgence à sortir du capitalisme.

La dissymétrie du slogan « fin du monde, fin du mois », nous oblige à poser en grand la question sociale ; à planète inhabitable, monde humain invivable, une solution commune : capital-exit ! Sortons ensemble du capitalisme. Annonçons franchement la couleur.

En l’occurrence, il s’agit pour le PC d’être un parti révolutionnaire du présent, c’est-à-dire de conjuguer le diptyque : Un parti autrement pour plus d’initiative communiste.

Concrètement au lieu de centrer principalement notre activité sur les élections et le relais des revendications syndicales, il s’agit de construire dans la société des majorités d’idées qui soient autant de dépassements de la domination de classe, qui présentement nous entraine à la catastrophe, pouvant mettre en cause le devenir humain civilisé dans les décennies à venir.

Il s’agirait, pour ce faire, d’initier par exemple, la création sur tous les territoires de chantiers thématiques ouverts à l’ensemble de l’expertise sociale, bien au-delà des adhérents, et elle est considérable, des collectifs autonomes de taille réduite, (50 ?) où chacune et chacun compte pour un, sans chef, ni parti-guide, afin de construire dans la durée longue des hégémonies (des majorités d’idées, Antonio Gramsci), de mettre en synergies tous les collectifs qui travaillent un même thème et d’ouvrir finalement sur une traduction institutionnelle, formalisant des ruptures décisives, l’inverse de ce que nous faisons actuellement, ce que l’on sait faire et qui a échoué. Voir par exemple les travaux positifs des conférences citoyennes.

Dans les cœurs, dans les têtes, dans la durée, majoritairement, puis dans les urnes. Une évolution révolutionnaire (Jaurès) qui ne soit ni révolution violente à l’ancienne, ni du déjà vu qui a échoué ailleurs, ni rupture pour l’inconnu ; ce dont les Français ne veulent pas. Mais des transformations pour des choix construits avec des citoyens informés et acteurs du mouvement. La meilleure façon de circonscrire la violence des classes dominantes. La Révolution sera prioritairement en bas et au présent.

Voici des thèmes possibles pour les collectifs à travailler dans des campagnes de longue haleine, plusieurs années…de façon à rendre les propositions élaborées irrésistibles, (ce qui ne veut pas dire sans luttes, au contraire), comme ce fut le cas pour la loi de 1905, les avancées du Front Populaire, la création de la sécu, le statut de la fonction publique ou la loi Weil sur l’avortement…la lutte récente sur les retraites.

    • Sortir l’Education du capitalisme. (De la maternelle à l’Université ; Recherche) , parce que les inégalités scolaires ne sont pas naturelles mais socialement construites, l’échec n’est pas une fatalité, tous sont capables d’accéder à un haut niveau de culture commune. Et parce que les richesses produites ne sont le fruit que de l’activation des capacités humaines. L’argent ne dort, ni ne travaille tout seul.
    • Mettre fin au règne absolu de l’actionnariat capitaliste. Droits nouveaux : de vrais pouvoirs pour les salarié-e-s les usagers, la puissance publique ; actionnaires à leur place et minoritaires.
    • Réappropriation des médias, notamment publics, présentement incontournable.
    • Démarchandisation de la force de travail, sécurité emploi formation, salaire à vie, salarisation des jeunes en fin de scolarité, allocations d’étude. Voir la centralité d’une révolution nécessaire du travail (Bernard Frio, Bernard Vasseur, Le communisme qui vient…)
    • Les femmes, une grande question politique.
    • Extension de la gratuité. (Education, transport, logement, culture…)
    • Protection sociale du XXI siècle. (100% sécu, retraites, alimentation)
    • Service public, pôle bancaire public, dépérissement de l’état.
    • Produire autrement, agriculture, commerce, industrie, numérique…
    • une écologie active et élargie pour une planète propre et vivante.

Notre rôle indispensable et autonome, c’est de porter mieux, toujours et partout la visée communiste, notamment au sein de ces collectifs. Un parti qui soit un laboratoire d’idées et non une structure figée dans sa forme ancienne. Mener au bon endroit la lutte idéologique. Au cœur de la contestation, telle qu’elle est : ni populisme, ni sectarisme. Les obstacles seront nombreux, mais nous avons énormément d’atouts ; il ne s’agit pas d’inventer un programme pour le futur ; nous le faisons depuis trop longtemps, mais d’observer ce qui est et de s’appuyer sur tous les futurs déjà présents qui travaillent notre société, tous les présupposés positifs et négatifs qui ouvrent sur le dépassement de la société de classes, et de les développer en de véritables pratiques collectives.

Pour ce faire, des repères incontournables :

« Le libre développement de chacune et chacun est la condition du libre développement de tous. » (Marx)

« L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » (Marx, Engels)

« La misère n’a pas à être cachée, mais elle doit être proclamée, mise en avant, pour la guérir. » (Jaurès) Elle n’est pas à la marge, elle est l’indice des problèmes au cœur d’une société. Donc des problèmes prioritaires.

« Quand une idée s’empare « des masses », elle devient une force matérielle quasi irrésistible. » Mais la réitération du mensonge aussi…Marx.

Adéquation de la fin et des moyens : la voie qui mène à plus de démocratie ne peut-être que démocratique elle-même.

Si tout ne peut être fait en même temps, aucune des réformes élaborées, si minime soit-elle, ne peut aller à contre-front de la visée communiste. Les citoyens informés sont capables de faire des choix.

Les atouts, ce sont des futurs déjà présents, quelques exemples :

    • 80% de la population active sont des salarié-e-s, cela représente déjà un dépassement de classe, car leurs intérêts sont largement communs.
    • Ils sont de plus en plus capables de prendre leurs affaires en main. Exemples innombrables ; c’est ce que l’on appelle l’expertise sociale ; penser aux réformes révolutionnaires de 1793, à la Commune en 1871, initiées en deux mois… à la création de la sécu en 6 mois seulement. Quand le peuple est acteur et informé ça déménage.
    • Une jeunesse déjà beaucoup mieux formée qui participera à cette transformation si on en lui donne les moyens.
    • Le levier politique considérable de la mise en mouvement présente des femmes.
    • 50% des Français-e-s sont dans des associations. Mouvements des consommateurs-acteurs, scop…luttes pour l’eau, les transports, mouvements à l’image d’Attac…agriculture bio, etc…
    • Notre pays représente un maillon faible du capitalisme, voir notre histoire et le processus historique de 89/71/36/45. Sa transformation pourrait être un exemple pour d’autres pays.
    • La posture communiste dans les actes et les expériences existe bien au-delà des adhérent-e-s dans cette société telle qu’elle est, même si ces milliers de femmes et d’hommes ne se reconnaissent nullement dans le communisme. Puisqu’il ne s’agit pas ici de proclamer le communisme comme tel, mais d’agir avec, collectivement pour se sortir de la « vieille gadoue. »
    • Mettre le mot entre parenthèse, en latence, et travailler avec la chose.
    • Et ne pas oublier ce faisant tous les conquis positifs du parti et le savoir-faire des milliers de militants capables de co-construire cette transformation. Sans oublier l’Humanité et les autres revues…

Le dépassement du capitalisme sera bien le fruit d’un mouvement à la fois très instruit et très populaire. (Lucien Sève)

Ces conditions indispensables existent en grande partie dès maintenant. C’est « Le mouvement réel qui abolit l’état existant. » (Marx)

Nous avons à revoir le fond et la forme de notre intervention. Ouvrons le débat ; il sera franc, peut-être dur parfois mais il doit rester fraternel.

Actualité d’une biblio possible :

Jean et Lucien Sève, Capitalexit ou catastrophe, éd. La Dispute. 2018

Jean paul Jouary, La parole du mille-pattes, difficile démocratie, éd. Encre marine. 2019

Lucien Sève, Penser avec Marx aujourd’hui, Le communisme ? Seconde partie, quel communisme pour le XXI siècle ? Ed. La Dispute. 2021

Bernard Friot, Bernard Vasseur, Le communisme qui vient, éd. La Dispute. 2024

Pistes de réflexion…

A propos du communisme :

Il n’y a jamais eu, il n’y a pas, il n’y aura jamais de « société communiste. »

Le communisme n’est ni un idéal, ni un modèle, aucunement un état ; il est bien le « mouvement réel qui abolit l’état actuel, » et cela depuis des millénaires. Il actualise « les principes que le monde a lui-même développé en son sein. » il est « l’expression générale de rapports effectifs, » selon les propos de Marx et cela paradoxalement contre la plupart de ceux qui s’y sont référés.

C’est concrètement le processus, le mouvement de la libération humaine. C’est pourquoi encore, il n’y a pas les communistes, encore moins les non communistes, mais des êtres humains, qui au cours des siècles et présentement toujours ont accompli des actes de libération, des actes communistes quelque soient leurs opinions par ailleurs.

Et le travail d’une organisation révolutionnaire aujourd’hui ne consiste pas à inventer un programme pour le futur, mais d’observer ce qui est et de s’appuyer sur tous les futurs déjà présents, épars encore, et de les développer en de véritables pratiques collectives, voir Gramsci et les luttes hégémoniques…c’est « introduire le point de vue de la pratique dans la théorie. »

Des actes communistes, trois exemples parmi des milliers possibles…

    • Emmanuel Kant écrit : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais seulement, un moyen. »
    • Ernest Lavisse, discours sur la laïcité, juin 1902 : « Être laïque, ce n’est pas limiter à l’horizon visible la pensée humaine, ni interdire à l’homme le rêve et la recherche de Dieu. Ce n’est pas vouloir violenter, ce n’est pas mépriser les consciences encore détenues dans le charme des vieilles croyances ; c’est refuser aux religions qui passent le droit de gouverner l’humanité qui dure. Ce n’est point haïr les églises ensemble ; c’est combattre l’esprit de haine qui souffle des religions et qui fut cause de tant de violences. C’est croire que la vie vaut la peine d’être vécue, aimer cette vie, refuser la définition de la terre « vallée des larmes », ne pas admettre que les larmes soient nécessaires et bienfaisantes, ni que la souffrance soit providentielle, c’est ne prendre son parti d’aucune misère. »

L’œuvre du CNR, des réformes politiques communistes :

La Sécurité Sociale, Ambroise Croizat, ministre du travail, 1946.

Le statut de la Fonction Publique, Maurice Thorez, ministre. 1946.

Le vote et l’éligibilité des femmes, Fernand Grenier, député, amendement, 1944.

Création d’EDF et nationalisations avec droits étendus pour les personnels, Marcel Paul, ministre de la production industrielle, 1946, création des comités d’entreprises.

Création du CNC, Centre national du cinéma, 1946.

Ordonnance sur la protection des mineurs, juges pour enfants, fév. 1946.

A noter que toutes ces réformes ont été depuis combattues inlassablement par la Droite et les classes dominantes, voir l’éditorial de Denis Kesller, membre du Medef, Challenges, 4 oct 2007 :

« Le gouvernement doit presser le pas pour défaire le système de sécurité sociale, le statut de la fonction publique, le conventionnement du marché du travail, le paritarisme, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraites, le soutien à la presse, la conception de l’Education, issue du Plan Langevin-Wallon. Les conditions politiques sont aujourd’hui réunies pour abolir définitivement les réformes du CNR. Place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux pour adapter notre pays aux impératifs du présent. » CQFD.

A grands traits : Savoirs et luttes de classes.

Les savoirs sont un enjeu de classes ; dans l’Education par exemple, au-delà du tri des élèves, il y a lutte méthodique également à propos du contenu des savoirs.

Exemple : histoire, programme de Première, 1789/1848, les révolutions France, Europe.

Critique :

Idéologiquement, la Révolution Française, c’est la thèse de François Furet, historien de droite, développant la haine bourgeoise de la Révolution et du communisme :

La Révolution, c’est essentiellement 1789, la nuit du 4 aout, la Constitution, la monarchie constitutionnelle…..le procès et la mort de Louis XVI. Comment finir la Révolution pour éviter la Terreur ?

Etudes précises possibles avec les élèves : biographie de M° Roland ; Louis XVI ; la guerre de Vendée ; la stabilisation de la Révolution : le Code civil de Napoléon, admiré par toute l’Europe !

Ce qui veut dire que les interventions populaires, les luttes d’émancipation sont soit oblitérées et lorsque ce n’est pas possible caricaturées ; il s’agit d’effacer les repères, les racines de l’expertise populaire, laisser les peuples démunis pour assurer la permanence des pouvoirs dominants.

    • 93, Robespierre, la tyrannie, la guillotine ?

C’est après la chute de Robespierre que les Thermidoriens développent dans la durée une campagne de propagande qui construit l’image du Robespierre, « tyran de la Terreur. » Une image tjs présente depuis. (Voir le livre très intéressant de Jean-Clément Martin : Robespierre, la construction d’un monstre, Perrin 2018.

93, comment la France peut-elle battre en quelques mois toute l’Europe coalisée avec une levée en masse de 800000 hommes ? Cela ne peut être le résultat de contraintes systématiques et généralisées, encore moins celle d’un seul homme. Ce résultat est le fruit d’une mobilisation populaire sans précédent, une lutte patriotique consciente pour défendre la République. Il existait une décentralisation révolutionnaire sur tout le territoire, dans les districts et les 7000 clubs révolutionnaires où hommes et femmes débattent quotidiennement et mettent en œuvre les décisions du Comité de Salut Public, composé de 12 membres sans président.

    • Histoire et mémoire, luttes de classes toujours :

Aucune rue, aucun monument public ne porte le nom de Robespierre dans la capitale ; il y a des places, des rues, des avenues M. Thiers partout en France. Politicien, actionnaire majoritaire des mines de charbon d’Anzin, répression des Canuts de Lyon, 700 morts ; guerre de 70 : pactisation avec la Prusse pour faire libérer 60000 soldats afin de les envoyer abattre les hommes et les femmes de la Commune, 25000 victimes.

1871, Voir les derniers vers du Bateau Ivre de Rimbaud : « je ne puis plus nager sous les yeux horribles des pontons. » Les pontons le long de la Seine, prisons où sont enfermés les Communards.

    • La guerre des mots présente le communisme comme dépassé, totalitaire, assimilé à la Chine, la Corée du Nord, Staline, sinon Poutine, etc…falsifications.

Ces pays ne sont nullement communistes ; l’Union Soviétique elle-même n’a jamais vraiment abordé cette transformation, et certainement pas Staline…même si de nombreuses mesures que l’on peut qualifier de « communistes » ont été prises…notamment dès les débuts de la Révolution d’Octobre 1917.